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Exposition : Chaque pétale est une illusion

Exposition : Chaque pétale est une illusion

L’artiste a joué le jeu de l’invitation du Frac et de la galerie 5, à savoir, mettre en écho ses œuvres avec celles de la collection. Frédéric Malette s’est attaché aux questions de regards, aux notions du temps et de réalité dans l’œuvre, mais aussi à la sensibilité universelle d’un travail politique qui se nourrît de notre histoire ou de l’Histoire.

du 25 septembre 2014 au 19 novembre 2014

Dessiner c’est autant s’ouvrir au monde qu’ouvrir des mondes

Par sa pratique du dessin Frédéric Malette contribue à une relecture critique du monde et de son histoire. Ses dessins sont réalisés à la mine de plomb. Petits formats et grand formats se côtoient, offrant à l’artiste des terrains de jeux différents. Aux petits formats le jeu de la précision d’un dessin, d’une finesse et d’une adresse méticuleuses, aux grand formats le terrain d’une expression plus mouvementée, où le geste du crayon et celui de la gomme sont empreints de l’énergie du corps. Grands et petits formats ont en commun de faire éclater la tension d’une violence sourde et palpable ; derrière la beauté du trait se lit la dissonance et le chaos d’un monde dépeint par l’artiste.

Les supports des dessins utilisés par Frédéric Malette sont le plus souvent des feuilles blanches desquelles semblent surgir ses sujets ; le support immaculé du papier encadre l’image tout en donnant l’impression que cette surface non dessinée, « vierge » est en suspens, voire provisoire . C’est une des habiletés de ce médium, le dessin ne s’impose pas de manière autoritaire. « Le dessin souvent associé à l’inachevé, se manifeste comme un lieu de résistance, voire de défiance au spectaculaire, à la consommation. » écrit à son propos Claude Stoulig. Dans leur résistance à se donner prestement, les dessins de Frédéric Malette appellent un regard observateur, ses œuvres étant constituées la plupart du temps d’éléments hétérogènes et multiples. Photographies familiales, ou anonymes puisées dans les archives de l’histoire ou dans l’actualité, sont disséquées, fragmentées, isolées puis ré-associées à d’autres. Le réel nourrit toujours les fictions pour les rendre plus vibrantes.

Les séries de dessins qu’il constitue les unes après les autres construisent des fragments de récits, révèlent des pans d’histoires, traversent l’Histoire. Ses plus récents travaux ont en trame de fond le destin d’hommes et de femmes partis d’Europe pour vivre dans les colonies du continent africain. Après avoir tout gagné à vivre dans ces nouveaux paradis, ils ont laissé derrière et loin d’eux, leurs plus belles années, se résignant à renoncer à l’Éden d’un quotidien à jamais fantôme. Cette histoire a traversé le destin de la famille de l’artiste comme bien d’autres parcours. Elle resurgit dans le travail gorgée de questionnements sur une Afrique fantasmée par un Occident aveuglé par ses rêves d’exotisme, sa quête de pouvoir, de domination, et sa croyance aveugle en son modèle de société. L’artiste revient sur les traces irrémédiables de cette Histoire que les conflits actuels ne cessent de nous rappeler, sur « les incohérences d’un monde toujours plus chaotique ».

Sentiment de réalité est le titre d’un diptyque réalisé par l’artiste en 2014. Il s’agit d’un face-a-face entre deux visions de l’africanité : d’un côté le dessin d’un buste réalisé en 1856 par le sculpteur français Charles Cordier, de l’autre le dessin d’un masque de l’ethnie africaine Ibos datant lui aussi du XIXe siècle. Frédéric Malette place les deux regards (l’occidental et l’africain) sur un même plan et s’interroge : la réalité est-elle la même selon ses origines ? Le titre de ce diptyque provient du «Carnet de notes pour une Orestie africaines» de Pierre Paolo Pasolini : «Il suffit de penser au sentiment de réalité que peuvent procurer les Erinyes, sous leurs vêtements et leurs effrayants tatouages africains. Le sentiment d’une réalité que nul maquillage, nul costume ne pourraient rendre dans un film situé en Europe ».
Isolées, ces têtes monumentales disposées au premier plan, coexistent avec des éléments sombres à l’arrière, sorte d’éléments de décors fragiles ou de rebuts provenant d’espaces en déshérence. A la fois indices (ils situent l’action dans un espace), et éléments parasites qui brouillent l’identification précise du lieu) ils troublent nos repères et nous entraînent dans un territoire opaque entre réalité et fiction. Le dessin virtuose tout en finesse est utilisé pour figurer avec précision buste et masque, alors que le trait se fait plus vif et plus épais en arrière-plan. De nombreuses lignes obliques traversent l’ensemble et esquissent d’autres possibles sans les révéler… ces lignes ciblent, déstructurent, attaquent la représentation, raturent imperceptiblement le bel ouvrage. De nombreux autres détails pourraient être décrits, les gommages intempestifs qui laissent des traces, les différentes qualités de gris… les dessins de l’artiste se lisent avec le temps pour que se révèlent les différentes strates.

L’artiste poursuit dans le diptyque Fantasmes de la lucidité présenté dans l’exposition, son questionnement sur un héritage complexe : « L’Afrique noire ne sert-elle que d’illustration contemporaine à un récit ancien ? » s’interroge-t-il. Une scène de chasse terminée, un colossal hippopotame gît au sol. Cette image est empreinte des mythes et fantasmes véhiculés sur ces terres lointaines et exotiques au temps de la colonisation. Initialement, l’artiste a travaillé à partir d’une photographie d’archive oubliée quelque part en chemin. Transposée et filtrée par son regard et sous ses traits de crayon, la scène se révèle composée d’éléments qui brisent l’impression première de cette scène de chasse dans la savane. L’action a été déplacée, elle semble maintenant se dérouler dans un entre-deux, entre intérieur et extérieur : même si le décor n’est que suggéré, des pans noirs ferment la profondeur, un plafond gris est esquissé. Par ce transfert dans un lieu indéterminé, telle une arène, Frédéric Malette met en scène les illusions de ceux qui projettent leurs réalités romanesques et folkloriques sur cet ailleurs.

Aiguiser notre regard, nous apprendre à instaurer entre notre vision et les images une distance de sécurité… Terrible inimitié de la nature, récent diptyque de grand format se révèle aussi entre tensions et ruptures. Le titre revêt l’amorce d’une tragédie. Pour la conter, l’artiste opte pour un sujet qui a traversé l’histoire : une nature morte, « standard » de l’histoire de l’art. On ne se méfie pas assez de ce que l’on connaît… Les natures mortes sont le plus souvent perçues comme des sujets qui rendent compte de la grâce de la nature. Mais historiquement, ce genre endosse la question du temps qui passe et de la mort. Ici les vases sont somptueux et les fleurs le sont tout autant. Sans couleur pourtant, la beauté vaporeuse des fleurs s’absente quelque peu… la noirceur du trait fait oublier la grâce et apparaître la fragilité. Au point de jonction entre le vase et le bouquet, l’artiste use de la discontinuité, de la brisure. Pour l’un des vases, la brèche éclot à l’aide de la gomme, pour l’autre une lacune – telle une faille – apparaît. Les vases anciens, à l’antique semblent ici les témoins de l’histoire, de nos origines et de notre héritage. Posés sur ces socles, les bouquets de fleurs ont un air menaçant, les pétales peuvent se confondre avec de la fumée, ces somptueuses fleurs seraient-elles prêtes à exploser ?

Frédéric Malette désarme nos certitudes, ce que l’on croit voir n’est pas. Dans les séries de petits formats qu’il présente, la facture plus classique du dessin est au service d’images secouées de violence. Mais là encore en optant pour des feuillets A4, et en esquissant avec des couleurs claires les scènes les plus effroyables, il évite avec brio le spectaculaire. Dans Les cris silencieux la technique de l’effacement rend compte de ce qui est latent dans toutes ses œuvres : la question de l’oubli et de la mémoire. Là encore il met en présence deux espaces : celui de l’action et celui du spectateur « Confronter les Histoires, les assembler, les mélanger pour n’en construire qu’une. Un tout, une rencontre, un face à face entre des images d’actualités des différents printemps arabes aux arabes des photographies de 1920 perdues dans une boite en fer dans le grenier de mes parents. Ces dessins sont un lieu qui n’est pas, un temps qu’on ignore. » écrit-il à propos de cet ensemble.

Avec une même acuité de regard l’artiste a joué le jeu de l’invitation du Frac et de la galerie 5, à savoir, mettre en écho ses œuvres avec celles de la collection. Pour opérer cette sélection, Frédéric Malette s’est attaché aux questions de regards (la révélation de l’invisible, le hors-champs), aux notions du temps et de réalité dans l’œuvre, mais aussi à « la sensibilité universelle d’un travail politique qui se nourrît de notre histoire ou de l’Histoire ».

« Nous vous forcerons à regarder une œuvre d’art à la hauteur du siècle qui vous rappellera combien chaque époque mérite une beauté à la hauteur de ce qu’elle a produit en laideur. »4

En 2010, Renaud Auguste Dormeuil réalise une série de photographie, intitulée Best Wishes à partir d’images d’archives militaires américaines. Nous sommes en 1945, peu de temps avant que le Président Truman décide de lancer une première bombe atomique sur Hiroshima. Cet événement un des plus violents et des plus marquants du XXe siècle, est traité par Renaud Auguste Dormeuil de manière indirecte, détournée. L’horreur est ici invisible, pas de victime, pas de territoires dévastés. En effet, les images d’archives utilisées par l’artiste montrent la préparation matérielle de cet événement comme le chargement des bombes par les aviateurs et les mécaniciens. D’où vient cette légèreté des images alors que se prépare l’abominable, la blessure ineffaçable de l’horreur, la mort de centaines de milliers d’innocents, de civils, hommes, femmes, enfants ? Le titre de la série Best Wishes l’attestent, ces images semblent détachées, déconnectées de l’atrocité qui va advenir.

Dans l’œuvre de Maja Bajevic la guerre a déjà eu lieu. Le temps est à la reconstruction. Ce sont les femmes que l’artiste décide de mettre scène en pour réédifier l’histoire, l’identité, la mémoire ravagées par le conflit serbo-croates qui a notamment conduit à la destruction de Sarajevo. Le film réalisé devant la National Gallery de la ville en 1999, met en scène durant 5 jours un groupe de femmes bosniaques réfugiées, invitées à tisser sur la bâche de l’échafaudage du bâtiment en travaux, des broderies traditionnelles. Alors qu’habituellement les femmes réalisent ce travail dans l’intimité de la maison, Maja Bajevic les met en scène dans l’espace public et montre leur rôle essentiel dans les périodes de reconstruction, pour la transmission, et la sauvegarde de la mémoire et des identités.

Pour l’artiste polonaise Goshka Macuga, l’art est aussi un terrain d’expression « politique » au sein duquel elle dénonce la censure de l’ancien bloc communiste. Ici l’œuvre sculptée en équilibre précaire semble aussi témoigner du combat et de la revendication, tel un point levé prêt à lancer un pavé, cette jambe disposée sur un tabouret est composée tel un cadavre exquis en référence au surréalisme qui inventa ce mode de composition.

Pensée également sur le mode de l’association d’idée, la peinture de l’artiste sud-africaine Thenjiwe Niki Nkosi appartient à un corpus d’œuvres qui interroge le pouvoir et les structures du pouvoir. Elle réalise depuis quelques années dans cette optique, des séries de portraits de bâtiments de Johannesburg. Invitée en 2013 par le Frac des Pays de la Loire situé près de Nantes, l’artiste s’est intéressée au contexte nantais et à son architecture. Ici un bâtiment disparu, le Tripode est associé à la représentation d’une plante invasive. « Il s’agit de questionner le langage que nous appliquons au champ de l’architecture et à celui de la phyto-écologie. Nous parlons dans les mêmes termes de la migration des plantes et de la migration des populations» écrit à propos de cette œuvre l’artiste.

C’est aux cultures alternatives, et également aux minorités à leur contre-pouvoir que s’intéresse Lili Reynaud-Dewar. La vidéo choisie par Frédéric Malette fait partie d’un ensemble d’œuvres pour lesquelles elle a transposé codes et stratégies de travestissement. Dans un geste à la fois burlesque et porteur de sens, entre authenticité et contrefaçon, l’artiste a noirci des objets blancs. Ici elle déambule grimée, en Josephine Baker, chanteuse qui apparaît comme celle qui a su transgresser les stéréotypes racistes de l’époque grâce à sa grande popularité.

Les maquettes de Nathan Coley sont pour Frédéric Malette des œuvres clés dans ce parcours qu’il propose. L’artiste écossais est connu pour questionner les aspects politiques et sociaux de notre environnement architectural. Deux maquettes de bâtiments religieux : une mosquée et une synagogue sont reconnaissables par leur forme bien que l’artiste use de la stratégie du camouflage (le razzle dazzle utilisé pendant la première guerre mondiale pour les navires de guerre)) pour questionner les différences et les identités. La-encore le réel et le symbolique s’associent de manière fragmentaire pour dresser l’effigie de notre monde éclaté par la complexité d’identités qui s’opposent.

Regards engagés sur le monde, son histoire mais aussi l’actualité, cette exposition se fait également l’écho de la question de la réalité. Pour Somewhere Else, Roman Ondak a demandé à ses parents de dessiner une galerie vide selon ses propres descriptions. Il s’est ensuite dessiné lui-même dans cette série de dessins comme un visiteur d’une galerie qui se promène d’une salle à l’autre. La notion de mémoire revient sans cesse dans le travail de l’artiste, il s’interroge ainsi sur l’opposition entre lieu réel et fantasmé .

L’œuvre de Jean Clareboudt pose la question de la force de la nature en tant que réalité. Cet artiste qui fut un grand voyageur a transposé dans ses réalisations des plus petites aux plus monumentales, un équilibre de contraires entre fragilité et puissance.Dans ses œuvres, il s’ est employé à mettre en évidence les détails les plus modestes qui révèlent les forces, les tensions : traces, stigmates, points de friction, d’usure, d’articulation, de pliures, de liaison, de traversées, avec une attention toute particulière pour les trouées, les vides, les entre-deux. Toute sa sculpture repose sur ce paradoxe : la forte présence du matériau – naturel ou industriel – généralement dense, lourd, concret, est moins là pour elle-même, que pour signaler la ponctualité d’un équilibre ou d’un contact, pour indiquer l’interstice, la percée, la faille, la fragilité.

« Chaque pétale est une illusion… chaque épine est une réalité », ce proverbe zaïrois choisi par Frédéric Malette pour cette exposition, porte en lui à la fois nos rêves et nos tragiques désillusions. En choisissant de ne garder que le début de la sentence, Frédéric Malette rend le réel discret, opte pour le poétique pour ainsi laisser entrer le regard du spectateur.

Vanina Andréani
Chargée de la diffusion de la collection, FRAC DES PAYS DE LA LOIRE.

De septembre à décembre 2014, Frédéric Malette est en résidence au CHU d’Angers, service de réanimation médicale.

fredericmalette.com/


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